Derrida, l'ami de la psychanalyse

Capron Francis

Face à la lettre de déférence que Ferenczi adresse à Freud contre Jung[1]  , Jacques Derrida réclame le plus grand sérieux, malgré – ajoute-t-il - : « …l’éclat de rire terminable interminable dont elle nous secouera jusqu’à la fin, tant que nous nous dirons, à lire une telle lettre que vraiment si quelque chose n’est pas arrivé à la psychanalyse, c’est bien la psychanalyse, et que sans doute elle ne lui arrivera jamais, surtout pas dans la chaîne des générations de ses pères fondateurs […]. »

Cette virulence de Derrida à l’adresse de la psychanalyse, est, il ne faut pas en douter, celle d’un ami, d’un ami fidèle parce qu’exigeant et vigilant, capable aussi d’éclater de rire face à une fidélité obséquieuse. 

Si Jacques Derrida propose, dans le sillage de Bataille, d’éclater de rire, il le proposait déjà à l’adresse de la philosophie (du hegelianisme), et cela pour appeler à une forme de réveil[2]. Sèchement, sans niaiserie triomphante, expérience rare, discrète, légère, loin de la place publique, le rire doit œuvrer afin de porter les trahisons et les détachements nécessaires à toute pensée sérieuse, à toute amitié responsable, à tout lien systématique entre amitié et fraternité. Car « si l’on veut un ami, il faut aussi pour lui partir en guerre et pour partir en guerre, il faut en être capable, il faut être capable du ‘’meilleur ennemi’’[3]. »

Il s’agira alors d’interroger ce qu’a à soutenir coûte que coûte l’ami. Une question insiste notamment :  au fondement des institutions analytiques n’est-il pas temps de venir discuter le mythe des illusions fraternelles là où l’archonte enfermerait, afin de ne plus le partager, l’insu du « savoir analytique » porté par « le discours du maître » ?

N’est-ce pas dans cette question très spécifique que pourrait se penser un au-delà de la cruauté, un au-delà ne se revendiquant plus de la fraternité, mais qui consisterait à s’engager dans d’autres voies pour envisager le politique autrement, sans alibi ?

[2] - Sigmud Freud/ Sandor Ferenczi, correspondance, Tome 1, Calmann-Lévy, 1992, lettre du 26 décembre 1912, p470/473.

[3] - Jacques Derrida , L’écriture et la différence, L’économie générale, Edition du Seuil, 1967, p 370.

[4] - Jacques Derrida, Politiques de l’amitié, Paris Galilée, p 313.  

 

 

 

 

 

 

 

 

Francis CAPRON

22 rue de Turin - 75008 Paris

Tel : 06 07 24 29 98 

francis.capron@wanadoo.fr


Le séminaire aura lieu les 17 décembre 2018,
25 mars et 17 juin 2019,
de 20h30 à 23h.
12 rue de Bourgogne 75007 Paris 

Chacun m'écrit pour s'inscrire